BD

The League of Extraordinary Gentlemen (Alan Moore, Kevin O'Neill, 1999)


The League of Extraordinary Gentlemen (Alan Moore, Kevin O'Neill, 1999)
titre original :The League of Extraordinary Gentlemen
titre français :La Ligue des Gentlemen Extraordinaires
type :BD
année :1999
pays :États-Unis
scénario / adaptation :Alan Moore
dessins :Kevin O'Neill
éditions :America's Best Comics / Editions USA


A propos de cette œuvre

Quand Allan Quat... pardon... quand Alan Moore joue les Philip José Farmer (1918-2009) de la bande dessinée, cela donne La Ligue des Gentleman Extraordinaires. Le scénariste des Watchmen (avec Dave Gibbons aux dessins), de V pour Vendetta (David Lloyd), ou encore de Promethea (J. H. Williams III) reprend ici des personnages issus des plus grandes oeuvres de la littérature fantastique de la fin du 19ème siècle. Ces protagonistes annonçaient déjà de par leur magnétisme, la venue des futurs super-héros, entre autres, et de par leur aura, traverseront le 20ème siècle sous de multiples formes artistiques, faisant d'eux des mythes de l'ère moderne. Dans les pages de cette bande dessinée illustrée par Kevin O'Neill, ils auront quelques démêlés avec les plus grands ennemis et criminels de l'humanité, leurs homologues dans leur opposition, à savoir James Moriarty - ou peut-être est-ce son frère Noël qui se fait passer pour lui (il offre ici une interrogation kafkaïenne sur sa personnalité, mais aussi sur le rôle de l'État combattant le crime), et Fu Manchu (ce personnage, créé en 1912 par Sax Rohmer, sera nommé essentiellement dans cette BD sous le nom de Docteur). Les membres de la Ligue seront au centre de ces deux forces du mal, celles-ci s'affrontant entre elles. C'est aussi l'occasion pour Alan Moore de distinguer socialement les deux états de Londres, l'Est et l'Ouest. De même, c'est par l'étude sociale qu'Alan Moore et Eddie Campbell donnèrent précédemment leur vision de ce Londres de l'ère victorienne avec From Hell, BD fourmillant aussi de références comme celle qui nous occupe ici. De ce fait, dans ces différents aspects, mais également avec l'art et la manière, cette oeuvre est dans le cadre de sa forme tout aussi jouissive que le fleuve de l'éternité...

L'histoire débute en juin de l'année 1898, dans un monde qui se nourrit fort logiquement des diverses sources littéraires dont sont issues ses différents protagonistes. Pour situer encore son environnement, on soulignera que l'aventure débute alors que des irruptions volcaniques ont lieu sur Mars (ce qui aura une incidence majeure dans la seconde aventure débutant avec le volume 3), que le conquérant vernien Robur invective l'humanité, de même que son homologue allemand le capitaine Mors (1908-14, édité par Verlag Moderner Lekture, sous la plume de plusieurs auteurs), et que tout cela se passe sept ans après la prétendue mort du plus grand des détectives... Ces divers éléments sont seulement évoqués pour ajouter aux différentes couches géographiques du scénario. Ainsi, cela ne représente que quelques couleurs parmi celles appliquées dans cette oeuvre, dont voici ce qui concerne la trame principale : la charmante Wilhelmina Murray (alias Mina Harker, personnage du roman Dracula écrit en 1897 par Bram Stoker – dans le scénario de Moore, elle a repris son nom de jeune fille), est chargée par Campion Bond (divers éléments soulignent sa parenté avec le futur agent secret 007), sous l'autorité de M (que Miss Murray suppose être Mycroft Holmes que l'on ne verra qu'à partir du 3ème tome), et cela pour le compte de la couronne dixit Bond, de rassembler parmi les plus illustres personnalités extraordinaires, le peu d'entre elles qui pourraient être à la hauteur pour une périlleuse mission. En effet, l'empire britannique, d'après les dires de Bond, prévoit une expédition sur la Lune. Pour cela, les scientifiques ont besoin d'une substance appelée cavorite qui permet de se soustraire à l'attraction terrestre. Mais cette forme d'énergie, créé par Selwyn Cavor (comme la cavorite, ce personnage est issu du roman Les premiers hommes sur la Lune écrit en 1901 par H. G. Wells), a été volée par celui que l'on nomme le Docteur. Cet oriental, et terrible ennemi de l'Angleterre, pourrait se servir des propriétés de la cavorite pour des vaisseaux volants de toutes sortes, et surtout de ceux qui donnent à leur possesseur le qualificatif de maître du monde. On devine assez rapidement que ce fameux Docteur ne peut-être que Fu Manchu dont les aventures originales se sont déroulées au même endroit où se situe l'action de cette BD, à Limehouse, dans le quartier chinois de Londres – on y voit notamment le Shen-Yan Barber issu des romans de Sax Rohmer.

De la sorte, s'adjoindra à Wilhelmina Murray portant à son cou un châle attractif, les personnages suivants : Allan Quatermain devenu une épave opiomane au Caire (fils préféré de l'empire et colonialiste - personnage créé par Henry Rider Haggard et mis en scène dans les fameuses Mines du roi Salomon en 1885, et divers autres récits jusqu'en 1927), le Dr Henry Jekyll ou Edward Hyde selon l'humeur (dualité composée par Robert Louis Stevenson en 1886), et Hawley Griffin alias l'homme invisible (H. G. Wells, 1897). Ce dernier nous est présenté au début de l'aventure un peu à la manière de Manara et de son Parfum de l'invisible. Il profite de la sorte de son invisibilité pour faire quelques visites dans une académie correctionnelle pour jeunes filles (parmi les occupants de cet institut, on y trouve plusieurs références à des personnages issus de romans érotiques de l'époque). Moore le dote d'un prénom faisant référence à Hawley Crippen, un médecin qui assassina sa femme en 1910 (certaines recherches récentes tendraient à prouver le contraire). Il trahira ses compagnons dans la seconde aventure consacrée à l'invasion martienne, celle-ci étant pleinement un hommage à La guerre des mondes de Wells, ainsi qu'à L'île du docteur Moreau du même auteur. Les expérimentations dudit docteur permettront de faire moult références à des oeuvres pour la jeunesse comme celles de Beatrix Potter ou de Kenneth Grahame avec le Le vent dans les saules, mais aussi à l'ours Rupert ou encore, moins connu en France, Tiger Tim et ses amis. Pour conclure cette liste, il nous reste à citer celui que nous pouvons admettre comme le patriarche du groupe, cela de par sa naissance littérale en 1867-69 : le capitaine Nemo. On peut de même le considérer avec Miss Murray, et grâce à son submersible, comme le noyau de la Ligue. C'est d'ailleurs lui qui emmènera cette ''gente-dame'' au Caire, puis à Paris, et enfin à Londres pour rassembler les membres de cette ligue très anglaise, à l'exception de lui-même, l'indien Nemo, qui justement déteste les anglais. A cet égard, on s'amusera a respirer le parfum de l'humour britannique, qui dans certaines situations dommageables, voire très périlleuses, reste très distingué, ce décalage assez proche d'un certain humour noir étant toujours fort appréciable. C'est d'ailleurs un des attraits du scénario qui offre moult effets risibles, cela au travers d'une histoire aux multiples sources relativement peu joyeuses.

En dehors de ces gentlemen, bien d'autres références sont distillées ici et là, notamment dès la couverture du premier volume, celle-ci exposant un tableau du Nautilus peint par Basil Hallward. Ce dernier n'est autre que l'artiste qui fit le portrait de Dorian Gray dans le roman éponyme d'Oscar Wilde (1890-91), portrait qui est également présent à côté de la toile représentant le Nautilus. Si dans la BD de Moore, ces deux personnages, le peintre et celui qui posa pour lui, sont seulement évoqués au travers de cette couverture, il en sera autrement pour Dorian Gray dans l'adaptation cinématographique. On soulignera tout de même dans les pages d'introduction, la présence du portrait de Dorian Gray sous la forme d'un dessin à colorier soi-même, si l'envie nous prenait de nous confondre avec Basil Hallward. On peut d'ailleurs s'interroger, peut-être trop facilement, si de la part de Moore cette peinture par numéro n'est pas comme une sorte de sous-entendu envers son Big Numbers inachevé. Pour en terminer avec cette couverture, on soulignera trois autres références verniennes étant le sujet de tableaux figurant à l'arrière plan : à savoir un portrait de Phileas Fogg (en haut à l'extrême droite) et un autre de Robur près du vampire Varney (cet autre personnage de Verne aura son importance dans les futurs albums sur la Ligue), et enfin entre celui représentant le vampire et le nain bleu de Dick Turpin (le pendant de Feu Follet dans la série télévisée Dick le rebelle adaptant l'oeuvre de William Harrison Ainsworth), une toile représentant le Géant d'Acier de La maison à vapeur (1879). Comme la plupart des références, cette dernière n'est pas anodine, puisque l'oeuvre dont est issue cette machine évoque le colonialisme anglais en Inde, pays d'origine du prince Dakkar alias Nemo. A cet égard, on rappellera que le téléfilm russe Kapitan Nemo avait déjà lié Vingt mille lieues sous les mers et La maison à vapeur
Parmi quelques autres références que nous rencontrons au hasard de leur apparition : The Song Book of Quong Lee of Limehouse, recueil de poèmes composés en 1920 par Thomas Burke (Miss Murray rendra visite à ce Quong Lee dans son salon de thé), le petit ou grand, selon les perspectives, Gulliver (1721-26) de Jonathan Swift, dont le héros fit parti d'une Ligue ayant précédé la présente (on peut apercevoir au British Muséum une illustration montrant les différents membres de cette Ligue fondée un siècle plus tôt, comme celle l'ayant précédé avec Prospero de Shakespeare et Don Quichotte de Cervantes), un vieil homme du nom de Dodger que l'on a connu plus jeune dans Oliver Twist (1837-39) de Charles Dickens, ou bien encore le baron de Münchausen (1785, on l'aperçoit aussi sur la première couverture) et le physicien William Weber Coblentz (1873-1962), ainsi que nombres d'autres références dont certaines ne pouvant être clairement ou directement identifiables, si ce n'est en faisant quelques recherches.
On notera encore dans l'épisode se déroulant à Paris, juste après avoir retrouvé Quatermain au Caire, qu'Alan Moore prend et nous fait partager un réel plaisir de voir se dessiner en une seule portion de son histoire, des évènements qui semblaient n'avoir jamais eu de rapport, tout comme cela sera le cas avec l'aventure principale qui regroupe des personnages ne s'étant jamais croisés, mais donnant forme à une certaine image de l'imaginaire de la fin du 19ème siècle. Wilhelmina Murray rencontrera ainsi dans la capitale française le chevalier Dupin qui l'aidera, avec Quatermain, à capturer le Dr Jekyll. Se mêlera à cette poursuite, par le biais des interrogations de Dupin, les assassinats perpétués en 1888 à Whitechapel, le Double assassinat de la rue Morgue (1841) de Edgar Allan Poe, également créateur du personnage du chevalier Dupin qui apparaissait justement pour la première fois dans ce roman, ainsi que le personnage de Anna Coupeau alias Nana du roman éponyme d'Émile Zola. Les victimes de ces trois oeuvres auront ici la même source...

Puis, dans la seconde aventure débutant sur Mars, les Sorns (peuple issu de La trilogie cosmique de C. S. Lewis), avec Gullivar Jones (d'après les aventures martiennes du personnage créé en 1905 par Edwin L. Arnold dans Lieutenant Gullivar Jones: His Vacation) et John Carter (d'après les aventures martiennes du personnage créé en 1912 par Edgar Rice Burroughs), combattent les mollusques et leurs tripodes dont la forme emprunte à un certain ''Alien'' et aux pieuvres de l'espace issues de tant d'œuvres de science-fiction (ces tripodes seront plutôt vus comme un tabouret à traire par Quatermain, ce qui est assez en accord avec son époque qui a encore eu peu l'occasion d'esthétiser de tels phénomènes). Mais alors que la bataille gronde, les mollusques quittent Mars pour un lieu que tout lecteur connait très bien... Tout au long de ce nouveau récit, qui s'appuie sur La guerre des mondes (publié en 1898), Moore souligne et multiplie les références envers l'oeuvre de Wells. Tout comme ce dernier, au travers des propos tenus par Mycroft, il mettra en parallèle l'invasion extra-terrestre avec le colonialisme britannique. En effet, le 2 septembre 1898, quasiment en même temps où la Ligue met fin à l'invasion extra-terrestre (la BD se termine le 30 septembre), au Soudan, près de Khartoum, l'armée anglo-égyptienne défit les mahdistes ne pouvant rivaliser avec les mitrailleuses.

De son histoire dans son ensemble, sa mise en scène, ses dessins, son scénario et ses dialogues, cet ouvrage est un digne représentant des travaux d'Alan Moore. Loin d'être une oeuvre sombre, si ce n'est par quelques aspects psychologiques de ces héros, Moore s'amuse à foison avec tous les univers littéraires qu'il utilise, nous donnant une mixture dont nous ne pouvons que nous délecter. De même, il emprunte une forme narrative proche des romans feuilletons, soulignant d'un petit commentaire loufoque et extravagant chaque fin de chapitres. Cela fait penser aussi aux commentateurs des feuilletons radiophoniques. L'atmosphère des pulp est également distillée dans le déroulement de l'action, et au travers des ambiances apposées par O'Neill. Comme certains héros de BD ayant connu durant leur carrière plusieurs auteurs et dessinateurs, on prend plaisir à voir ce que Moore fait de tel personnage dont on connait déjà une préexistante vie. C'est d'ailleurs un exercice qu'il avait déjà expérimenté pour ses Watchmen (des super-héros à la retraite dont, pour leur création, il s'est inspiré de quelques autres super-héros), de même qu'avec son délire érotique à la Manara dans Lost girls dont les personnages principaux était Alice de Lewis Carroll, Dorothée de Lyman Frank Baum et Wendy de James Matthew Barrie, trois figures féminines de la littérature jeunesse dans un ouvrage tout autre (Alice... ne serait-ce pas elle que l'on aperçoit sur la première couverture de La Ligue... dans l'autre coté du miroir se trouvant juste derrière le reflet de Jekill, Hyde). L'utilisation de tels personnages détournés dans un univers érotique est également de mise dans La Ligue des Gentlemen Extraordinaires où l'on peut voir le personnage de Polly Whittier alias Pollyanna recevoir la visite de l'homme invisible qu'elle prend alors pour le Saint-Esprit. Tout comme l'héroïne de Eleonor Hodgman Porter, elle positivera cette expérience.
De même que son Quatermain est bien vieux, essoufflé et drogué, loin du héros qu'il fut, du moins au début de cette aventure, les autres membres de la Ligue sont tout aussi torturés par leur passé, celui-ci affectant encore leur personnalité. L'imagerie de ces icônes de la littérature est ainsi redessinée, permettant en un sens de remettre un peu de vie dans ces figures figées dans leur oeuvre respective. Moore, tout en jouant les docteurs Frankenstein, ressuscite à nouveau des personnages immortels dans nos imaginaires, et leur insuffle dans un flot continu de références, et avec une grande liberté, son sens de la dérision et de la fantaisie.

Alan Moore nomme ses bandes dessinées ''récits illustrés''. Nous pourrions ajouter ici ''récits illustrés à multiples et foisonnantes références'' car l'une des marques incontestables de l'ouvrage, impose par sa maestria à condenser en une même histoire, de nombreux univers d'horizons différents (la page 33 du premier Tome est un bon exemple de cette concentration). Certes, parfois l'on peut ressentir une certaine overdose dans ce procédé affilié au WNU (voir ci-après) – surtout lorsque certaines références concernent des oeuvres littéraires qui n'ont jamais été traduites en France – mais sa lecture reste toutefois plaisante dans son ensemble, et ne manque pas de quelques scènes d'actions dont le graphisme et la densité des mouvements s'accordent avec la richesse du texte.



Century 1910

Une troisième aventure mettant en scène cette Ligue est publiée depuis avril 2009 dans un premier volume titré Century 1910 (Ed. Top Shelf Productions). En fait, ce n'est pas tout à fait la même ligue, puisque la précédente a perdu deux de ses membres, Hawley Griffin massacré par Mister Hyde, lui-même désintégré par les martiens, non sans leur avoir au préalable infligé le sentiment de la terreur comme le soulignera Nemo. De plus, dépité par la tournure des évènements m'étant fin à l'invasion, ce dernier s'en est allé rejoindre son île. Ainsi viendra se joindre aux deux membres du groupe restant, qui dans leur relation n'en faisait parfois plus qu'un, de nouveaux gentlemen : le détective Thomas Carnacki (William Hope Hodgson), Arthur J. Raffles (Ernest William Hornung), gentleman cambrioleur qui précéda de quelques années celui de Maurice Leblanc, Orlando (Virginia Wolf), qui par son coté hermaphrodite remplace la dualité Jekyll / Hyde, et le professeur Challenger (Arthur Conan Doyle). Deux autres albums suivront respectivement en 2010 et 2011. Cette nouvelle histoire, qui se déroule de 1910 à nos jours, donc dans un siècle très différent du précédent, prend également, pour certaines parties, une forme narrative nouvelle, empruntant ou s'inspirant pour celle-ci de la construction de chansons écrites par Kurt Weill et Bertolt Brecht. Justement, dans les premières pages du volume, on peut y admirer la fille du capitaine Nemo alias Pirate Jenny se baignant en pleine mer...



WNU (1918-2009...)

Comme souligné au début de ce texte, La ligue des Gentlemen Extraordinaires est une oeuvre pouvant s'insérer dans le Wold Newton Universe créé par Philip José Farmer. A cet égard, l'introduction martienne du volume 3 d'Alan Moore en est, parmi quelques autres, la parfaite illustration. On peut y noter une référence – sur le Michael Kane de Michael Moorcock, lui-même créateur du Multivers, et dont Moore suggère une filiation avec le guerrier Kane de Karl Edward Wagner – impliquant justement une dimension dépassant le ''simple'' univers mis en scène par le scénariste. Si Philip José Farmer imposa formellement ce genre littéraire, il ne fut toutefois pas le premier. Des écrivains comme Lovecraft, August Derleth, Clark Ashton Smith, Robert Ervin Howard ou encore Lyon Sprague de Camp participèrent consciemment et inconsciemment à son élaboration, sans toutefois lui donner une véritable forme acquise et partagée entre eux. Le génie de Farmer sera, pour signifier cela de manière simple, de concrétiser ces différents univers pour n'en faire qu'un, le WNU.
Pour ce qui concerne Jules Verne dans l'oeuvre de Philip José Farmer, celui-ci mit en scène Phileas Fogg dans The Other Log of Phileas Fogg (L'autre voyage de Phileas Fogg, 1973) où Moriarty et Nemo ne faisait qu'un. Il créa également un arbre généalogique de la famille Fogg. C'est ainsi que l'on pourra suivre les aventures du fameux Kickaha alias Paul Janus Finnegan, petit fils de la soeur de Phileas (dont les initiales sont les mêmes que celles de Farmer...), dans la fabuleuse aventure du monde à étage (ou mondes superposés) La saga des hommes-dieux.
Si Alan Moore s'inspire ainsi de Farmer, il a sans doute apprécié également la nouvelle Le dieu à la licorne nue / God of the naked unicorn signée en 1976 par Ova Hamlet alias Richard Lupoff (publiée en France, en 1977, dans l'Univers 11 des Editions J'ai Lu). En effet, dans ce texte, il y est question d’une association secrète rassemblant plusieurs personnages emblématiques issus de divers romans comme Doc Savage, Tarzan, Sherlock Holmes et le docteur Watson, Flash Gordon, ou encore John Carter. On y apprend même qu'une précédente association avait accueilli d'Artagnan (Moore fera aussi référence à une Ligue antérieure).
Parmi également quelques récentes réutilisations du personnage du capitaine Nemo dans des univers faisant écho au WNU, on trouve la nouvelle Vingt mille ans sous les mers / Twenty Thousand Years Under the Sea écrite en 2005 par l'écrivain John Peel : on peut y découvrir une confrontation entre le capitaine du Nautilus et le Cthulhu de Lovecraft. Cette rencontre avait déjà été orchestrée différemment, en 1990, par l'écrivain allemand Wolfgang Hohlbein dans Der Dagon-Zyklus du cycle Le Mage de Salem. Enfin, en 2006, ce sont Sylvie Miller et Philippe Ward qui ont écrit ensemble la nouvelle The vanishing diamonds (paru dans le recueil Tales of the Shadowmen, Volume 4: Lords of Terror / Les Compagnons de l’ombre, volume 3). Celle-ci s'inspire amplement du scénario d'Alan Moore puisque l'on peut y suivre une aventure d'un cercle de Gentlemen Aventuriers se réunissant chez Sherlock Holmes. Outre le capitaine Nemo, on y rencontre également Allan Quatermain et l’Homme Invisible.

Pour un lecteur français, il est difficile, quasi impossible d'avoir une vue précise d'un tel univers, car nombre de textes y faisant référence n'ont jamais été traduits dans l'hexagone. Et quand bien même ceux-ci l'auraient été, que cela resterait des plus complexes, car le WNU et ses dérives représentent un tel nombre de recoupements entre diverses oeuvres, que cela en devient un véritable labyrinthe. Toutefois, grâce à des travaux forts appréciables tels ceux de Ciremya Perenna, on peut percevoir et comprendre la richesse d'une telle multi-création.

Nous vous invitons à poursuivre la lecture de cet article; en cliquant tout simplement sur le nautile ci-dessous, cette seconde partie étant centrée sur le Nemo de Moore.

Jacques Romero, 08/2009



Pour en savoir un peu plus sur les références dont Alan Moore s'inspire dans cette oeuvre, il vous suffit de visiter le site de Jess Nevins, un éminent spécialiste des comics qui propose un travail d'investigation sur La ligue des Gentlemen Extraordinaires. Ses recherches ont donné lieu à deux ouvrages complétant la lecture de l'oeuvre de fiction, livres dont l'introduction est signée par Moore lui-même. Pour l'heure, ces volumes n'ont pas été traduits en France, mais le site de Jess Nevins peut déjà palier à un certain degré de curiosité quant à leur contenu. Si l'écoulement du temps vous le permet, vous pouvez aussi jouer vous-même les Sherlock Holmes, en tentant toutefois de ne point vous confondre avec le personnage, le WNU étant déjà bien assez compliqué sans y ajouter de mystérieuses autres identités...

Heroes & Monsters: The Unofficial Companion to The League of Extraordinary Gentlemen
A Blazing World: The Unofficial Companion to The League of Extraordinary Gentlemen

De même, pour prendre toute la mesure dans laquelle une telle oeuvre entre en interaction avec le vaste univers de la littérature fantastique, nous vous recommandons - impérativement - la lecture des excellents travaux de Ciremya Perenna et le site officiel sur le très regretté Philip José Farmer.



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