film

Vynález zkázy (Karel Zeman, 1958)


Vynález zkázy (Karel Zeman, 1958)
titre original :Vynález zkázy
titre français :Aventures Fantastiques / Une Invention Diabolique
titre international :The Fabulous World of Jules Verne / A Deadly Invention
type :film, 83 min
année :1958
pays :Tchécoslovaquie
réalisation :Karel Zeman
scénario / adaptation :Frantisek Hrubín, Karel Zeman
interprčtes :Lubor Tokos, Jana Zatloukalová, Miroslav Holub, Arnost Navrátil, Frantisek Cerný, Václav Kyzlink
producteur :Zdenek Novák
studio :Filmy natořené ve Zlíně (Filmové Studio Zlin / The Zlín Film Studios)
site web :http://www.imdb.com/title/tt0052374/


A propos de cette œuvre

Du capitaine Nemo et de son Nautilus, il n’est nulle question dans ce long-métrage. Ils seront seulement évoqués dans un court prologue consacré ŕ Jules Verne, avec quelques autres grandes inventions mises en perspective par l’écrivain, tel l’Albatros de Robur le conquérant (Le réalisateur évoqua de męme Jules Verne dans l’ouverture de son précédent film Cesta do pravěku / Voyage dans la préhistoire, avec une référence bien évidemment ŕ Voyage au centre de la Terre qui était également comme une sorte de voyage ŕ travers le temps). Toutefois, Face au drapeau partage quelques similitudes avec les deux récits mettant en scčne Nemo : actes de pirateries, présence de submersibles, héros retenus prisonniers, ou encore île servant de retraite (ce roman va męme au-delŕ de cette perspective, car il rassemble un grand nombre d’éléments issus des divers Voyages extraordinaires). S’ajoute ŕ cela, quelques ressemblances également pour le personnage du conte d’Artigas avec le capitaine Nemo. En effet, le conte est en fait un pirate ayant des origines indo-malaisiennes, alors que celles du capitane Nemo sont indiennes, comme cela nous est révélé dans L’île mystérieuse. De męme, ils s’adonnent chacun ŕ quelques actes répréhensibles, et n’ont pour seul maître, qu’eux-męmes. Mais ils se distinguent cependant fortement, le capitaine Nemo cherchant dans ses actions, la justice et le bien de l’humanité, alors que le conte d’Artigas n’a pour seule ambition, qu’ętre le maître du monde. A cet égard, il fait enlever le professeur Thomas Roch, ainsi que son assistant Simon Hart, pour s’approprier les travaux concernant la mise au point d’une arme terrifiante de destruction massive : création diabolique que les deux hommes ont inventé sur le papier, et qu’ils devront réellement créer de force sur l’île de Back Cup, oů ils seront retenus captifs.
On soulignera tout de męme que le roman présente le scientifique français comme un homme ayant essayé de vendre le secret de son invention, cela sans succčs, son prix étant exorbitant, ŕ la France tout d’abord, puis ensuite celle-ci ayant refusé, ŕ d’autres gouvernements. Parmi ceux-ci, les Etats-Unis. C’est en cette nation que le scientifique sera accueillit dans un institut de santé, son esprit défaillant ayant besoin de repos suite ŕ la déception de ne pouvoir trouver acquéreur. Mais pour éviter que le savant ne divulgue ŕ n’importe qui son secret, Simon Hart, un scientifique français se faisant passer pour un surveillant médical, obtient la garde du malade dans la maison de repos. Le film de Karel Zeman (1910-1989) passe outre ce préambule oů Jules Verne évoquait le patriotisme, et oů se retrouvera confondu ŕ la fin du récit, le professeur Roch, face ŕ son arme, face ŕ son drapeau.

Tout en prenant ces quelques menues libertés, Karel Zeman adapte avec respect Face au drapeau écrit par Jules Verne en 1894. Mais le roman manquant d’une certaine image fantastique liée aux premiers Voyages extraordinaires, et pour donner un aspect visuel merveilleux ŕ son śuvre ‘‘filmique’’, le réalisateur y insčre quelques scčnes se déroulant sous la mer, ŕ l’extérieur des submersibles présents dans l’aventure sur le papier. Ainsi, si Karel Zeman a introduit des éléments issus de l’imaginaire de Vingt milles lieues sous les mers dans cette adaptation, c’est grâce ŕ la présence des submersibles y jouant un rôle important. Toutefois, si Jules Verne utilise ces engins dans Face au drapeau, il ne s’intéressera en rien au milieu aquatique dans lequel ils évoluent. L’écrivain ne fera aucune description du monde vivant sous les eaux, qu’il soit animal ou végétal, cela, sans doute, parce qu’il l’avait déjŕ fait avec moult détails en 1869. Au contraire du romancier qui a choisi d’omettre de telles descriptions, jouant surtout sur le suspens de son intrigue, il était quasi impossible pour la forme cinématographique de ne pas montrer dans quel univers évoluait le tug (submersible ainsi nommé dans le roman, et dont le terme d’origine anglaise désigne un remorqueur), surtout seulement quelques années aprčs la grande production de Walt Disney. Ainsi, sans adapter le roman mis en image par la compagnie aux grandes oreilles, en choisissant de porter ŕ l’écran cet autre roman, Karel Zeman a l’occasion d’y inclure quelques scčnes visuelles des plus évocatrices de Vingt mille lieues sous les mers. De ce fait, le réalisateur tchécoslovaque mettra en scčne quelques représentations de la vie sous-marine avec ses multiples créatures, tels des poissons en dessins et papiers découpés, ou encore des prises de vues réelles de dauphins. On pourra y voir également des scaphandriers marchant au fond de l’océan, ŕ la fois joués par des acteurs, mais également animés pour quelques plans en stop motion. Ces derniers sortiront pour récupérer les trésors d’un navire coulé par les soins du submersible du conte Artigas. Une naufrageuse prénommée Jana sera également recueillit ŕ bord du navire qu’accompagne le sous-marin du conte. Au contraire du roman, une présence féminine est incluse dans cette histoire, personnage qui ne laissera pas insensible Simon Hart, et réciproquement. Nous rappellerons que si dans un grand nombre d’aventures de Jules Verne, les personnages féminins sont absents, cela ne vaut pas pour toute son śuvre qui recčle quelques héroďnes qui n’ont rien ŕ envier du courage et de l’intelligence des hommes (voir pour exemple Le pays des fourrures).
La seconde scčne d’importance montrant des scaphandriers sur le sol de l’océan, sera l’occasion pour Karel Zeman d’animer une pieuvre attaquant l’un des plongeurs. La représentation de l’animal est tout aussi impressionnante dans la sensibilité fantastique qu’elle procure ŕ sa vision, que celle du calmar géant que combattent James Mason et Kirk Douglas outre-Atlantique. La marionnette est animée en stop motion, comme Karel Zeman le fit, avec quelques autres techniques, pour les dinosaures qu’il mit en scčne dans son second long-métrage, trois ans plus tôt, Cesta do pravěku / Voyage dans la préhistoire, et comme il le fit pour bien d’autres śuvres ŕ ses débuts. Cependant, dans le roman, ce n’est point un céphalopode qui attaque les hommes, mais un cétacé qui est entré par hasard par le passage menant ŕ la grotte, excavation que forme l’intérieur de l’île.
On soulignera encore que Karel Zeman donnera ŕ l’ensemble de ce long-métrage, une image totalement inspirée des gravures originales des romans de Jules Verne, allant jusqu’ŕ recréer sur la majeure partie des décors et des divers objets qui les accompagnent, les stries des illustrations d’Alphonse de Neuville et d’Edouard Riou gravées par Hildebrand, ou Léon Benett pour ce qui concerne Face au drapeau. Il reprendra d'ailleurs la mise en scčne de certaines des illustrations que ce dernier produisit pour le volume des éditions Hetzel. Ainsi, de part la multitude de techniques employées ou de procédés combinés avec d’autres, de męme que l’application des inventions propres ŕ Karel Zeman, cela fait de cet ouvrage, un véritable voyage extraordinaire pour toute pupille désireuse de s’illuminer de visions fantastiques.
Parmi encore les petites différences entre le roman et le film, Simon Hart, au lieu de lancer un tonnelet ŕ la mer en guise de bouteille, accrochera son message ŕ une petite montgolfičre. C’est par ailleurs avec ce moyen de locomotion, que Simon et Jana s’enfuiront de l’île, laissant derričre eux le professeur qui, s’apercevant de son ignoble invention, laissera celle-ci détruire Back Cup et ses pirates. Dans le roman, resté sur l’île, Simon Hart sera le seul survivant, échappant par miracle aux effets les plus destructeurs de l’explosion.

Karel Zeman s’inspirera par deux autres fois de l’univers de Jules Verne. Tout d’abord en 1967, il adaptera librement le roman Deux ans de vacances dans Ukradenŕ vzducholod / Le dirigeable volé. On pouvait y voir le jeune Jacoubek / Jacques rencontrer pour un court instant le capitaine Nemo. Puis en 1970, il réalise Na komete / Sur la comčte ou L’arche de monsieur Servadac, d’aprčs le roman Hector Servadac. Ce sera son dernier long-métrage en prise de vue réelle, mettant fin ŕ une période ayant durée deux décennies durant laquelle il produisit huit long-métrages pour le Filmy natořené ve Zlíně, studio oů il fera toute sa carričre. Parmi ceux-lŕ, le premier, Le trésor de l’île aux oiseaux (1953), était entičrement réalisé en volume. Il continuera encore dix années ŕ créer dans le domaine de l’animation, donnant vie ŕ trois long-métrages animés en papier découpé : Sindbad (1971-74), Krabat (1977), et Pohádka o Honzíkovi a Mařence / Jeannot et Mariette (1980). Sur ces derniers, il utilisera également, comme pour ses films en prises de vues réelles, tout un florilčge de techniques superposées ŕ la principale employée : dessins animés ou encore animation de volumes et de marionnettes. C’est avec cette derničre technique citée qu’il fit ses premiers courts-métrages, notamment ceux avec son personnage Monsieur Prokouk (6 films entre 1947 et 1958), ou le trčs poétique et cristallin Inspirace en 1949, ou encore sa toute premičre création d’auteur en 1946, aprčs plusieurs films publicitaires, Vánořní sen / Ręve de Noël. Dans cette premičre śuvre, de par son titre et son sujet, il rendait déjŕ hommage ŕ un autre grand admirateur de Jules Verne, Georges Méličs. En effet, tout comme ce dernier qui le fit en 1900, il mit en scčne le ręve d’un jeune enfant, le soir de Noël. Au contraire du français qui y fera apparaître des anges et autres scčnes de fętes, le créateur tchčque y mettait en scčne une jeune fille, qui sous l’emprise de Morphée, découvre ses jouets prendre vie (déjŕ, il mélangeait les prises de vue réelle de la jeune actrice avec des jouets animés en stop motion). De par la richesse de ses manipulations de l’image qu’il ne cessera d’expérimenter, Karel Zeman se fit en quelque sorte le descendant ŕ la fois de Verne et de Méličs, dans une dimension diluant l’un dans l’autre, imaginaire et réalité.

Jacques Romero, 01/2009

Le roman Face au drapeau sera également utilisé avec une autre śuvre de Jules Verne, L’étonnante aventure de la mission Barsac, pour concevoir l’histoire de la série d’animation japono-coréenne Pata Pata hikôsen no bôken / Le secret du Sable Bleu (TMS, 2002).


Galerie

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