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Nemo ou la révolte du Nautilus (Jean Bacqué, 1970)


Nemo ou la révolte du Nautilus (Jean Bacqué, 1970)
titre original :Nemo ou la révolte du Nautilus
type :téléfilm, 100 min
année :1970
pays :France
réalisation :Jean Bacqué
scénario / adaptation :Alexandre Rivemale
interprètes :Michel Le Royer, Lucien Barjon, Agnès Desroches, Bernard Cara, Gilberte Rivet, Pierre Mirat
producteur :ORTF


L'histoire

Ce téléfilm est une adaptation de la pièce de théâtre d’Alexandre Rivemale. Mais cette dernière n’est pas une adaptation de Vingt mille lieues sous les mers, mais plutôt une intrusion au sein du roman, se traduisant par l’émancipation du capitaine Nemo s’extrayant du récit écrit par Jules Verne. Le ton y est léger et humoristique, sur des dialogues étant ici et là accompagnés de jeux de mots joliment administrés, avec tout de même en perspective quelques réflexions sur l’artiste et sa création.
Alors que le Nautilus est à quelques 16 000 mètres de profondeur, et que le récit du roman en est à la page 102 de sa narration dans l’édition Hetzel, le capitaine Nemo, las de revivre toujours cette même histoire à chaque fois qu’une nouvelle lecture s’effectue, donne l’ordre, à contre courant de la rédaction, de remonter et de faire surface. Cela, malgré même l’avis des autres occupants du submersible, peu désireux de ne plus servir l’œuvre de Jules Verne, prenant ainsi un risque dans l’incertitude des évènements qui vont suivre et que la création du romancier protégeait. Arrivé au terme de cette manœuvre prise ainsi à l’encontre de l’écrivain, le capitaine Nemo croise la route du Mac-Mahon, un navire marchand. Il décide sans raison profonde de le couler, malgré les protestations du professeur Aronnax. Mais en s’éloignant de la route tracée par Jules Verne, la réalité et la puissance du Nautilus ne bénéficie plus des caractéristiques imposées par le romancier, et l’éperon du submersible se voit non seulement fortement abîmé, mais qui plus est, n’a pas réussi à percer la coque du navire, qui s’il a subi une secousse, n’en a pas moins poursuivi son chemin.
Cette collision aura une grande répercussion sur la suite des évènements, puisqu’elle mit à l’eau l’une des passagères du Mac-Mahon, que Ned Land repêcha et emmena à bord du Nautilus sans en dire mot au capitaine. Aronnax lui donna des vêtements ayant appartenu à une inconnue dont Nemo avait récupéré la malle au fond des mers, dans les décombres du Florida, et sur lesquelles toilettes le capitaine fantasmait, pensant à celle qui avait pu les porter, lui dont le roman dont il était issu, ne devait se contenter que de la compagnie des hommes. Ne sachant pas qu’Aronnax lui avait emprunté ce trésor qu’il n’avait montré qu’à lui, il pensa voir un fantôme quand il croisa pour la première fois la jeune naufragé prénommée Félicie. Puis la réalité ce faisant jour, la présence de cette jeune femme parisienne le confirma dans son désir de vivre au-delà de ce qu’on lui avait jusqu’alors permis, et il ne pu résister au charme de la belle, et cela fut réciproque. Félicie était en quelque sorte un hameçon jeté à la mer, par Nemo lui-même, et auquel il se laissa prendre.

Ayant mouillé le Nautilus près de La Rochelle, Nemo et Félicie s’octroient quelques promenades d’amoureux. Quant à Aronnax et Conseil, ils ont profité de ce relâchement pour partir sur Paris et reprendre leurs activités. Mais, profitant de l’absence du maître, et averti par Ned Land dont la navigation lui manque, surtout lorsqu’elle est accompagnée de chasse à quelque animal marin digne de son harpon, Hetzel, l’éditeur de Jules Verne, accompagné par trois comédiens de théâtre, pénètre à bord du Nautilus. Le but de Hetzel étant de poursuivre la narration du roman coûte que coûte, il autorise ainsi Champoreau à prendre la place de Nemo, Dutretre, celle d’Aronnax, et Laborne de Conseil. Mais le retour à bord du véritable capitaine met un frein à cette intention. Nemo les fait prisonnier, puis repart avec Félicie visiter La Rochelle. Mais c’était sans compter sur le désir de ses hommes à reprendre la mer, et menaçant le second, le duo de matelots rend la liberté au trio d’acteurs qui va alors pouvoir reprendre l’histoire ayant fait escale à la page 102.

Le capitaine Nemo a ainsi perdu son submersible. On le retrouve à Paris, où il vit avec Félicie vendant des chapeaux, mais hélas sans la fortune qu’il lui avait promis, celle-ci lui ayant échapper avec le Nautilus croisant à nouveau au fil des pages. Désireux de fuir cette vie où il travaille dans un bar, il construit un ballon pour naviguer sur d’autres flots que marins. Mais l’aérostat qu’il avait baptisé l’Indomptable sera détruit et son nouveau rêve avec lui. On notera de ce fait que Nemo semble s’intéresser à d’autres voyages extraordinaires, son aérostat faisant référence bien évidemment à Cinq semaines en ballon. Il avait également émit le désir farfelu de construire un éléphant à vapeur qui l’aurait sans doute porté vers les lointaines Indes de La maison à vapeur (le pays où se situes ses origines dont on prend connaissance dans L’île mystérieuse). De ce fait, on constatera que s’il s’est extrait de son propre voyage, il semble toutefois ne pas pouvoir s’abstenir de parcourir le monde, et plus particulièrement celui de Jules Verne. Aronnax qui a perdu son emploi depuis sa rencontre avec Nemo, lui propose alors de reprendre le Nautilus aux usurpateurs. Nemo ne sait que faire, ne sait ce qu’il désire le plus au monde, Félicie ou le Nautilus. Son choix se portera sur le submersible et l’aventure qu’il connu et connaîtra tant que le roman trouvera lecteurs et lectrices. Son amour pour celle qu’il prit pour un fantôme, lors de leur première rencontre, deviendra un songe, un regret, peut-être même le fruit de son mal être au cœur de l’océan. S’il était resté près d’elle, aurait-il vraiment été lui-même, où une simple ombre à ses cotés. Désirant son bonheur, il préféra à l’apparence de son être qu’il lui aurait donné, la libérer de son ombrageuse personnalité face à une existence ordinaire à laquelle il ne pouvait se résoudre, et qui le terrifiait beaucoup plus que les tentacules d’un céphalopode géant.



A propos de cette œuvre

Quatre ans après avoir écumé les mers dans la célèbre série Corsaires et Flibustiers, auprès entre autre de Christian Barbier, le comédien de théâtre Michel Le Royer se retrouvait dans la peau du capitaine Nemo d'Alexandre Rivemale, agrémenté d'une barbe le vieillissant quelque peu.
Parmi la troupe d'acteurs officiaient également Lucien Barjon, qui avait déjà interprété les rôles de Champoreau et de Pacifique dans la première de la pièce en 1956, et qui venait de jouer dans le mythique feuilleton Jacquou le Croquant, André Thorent et Gérard Buhr qui venaient tous deux de faire quelques scènes dans Le Clan des Siciliens, Bernard Cara et Fernand Guiot qui jouèrent ensemble dans Azouk de Rivemale, ou encore Pierre Mirat, qui deviendra populaire à la télévision avec la publicité de Ducrot, et que l'on verra plusieurs fois comme Agnès Desroches dans Au Théâtre Ce Soir.

A la barre officiait le cinéaste Jean Bacqué, qui travailla beaucoup pour la télévision, réalisant des séries, notamment Le Trésor des 13 Maisons en 1961, avec la regrettée Sylviane Margollé, des documentaires comme Le Réveil du Dragon (1973) sur la Chine de Mao, ainsi que des scopitones, tel en 1958, Le Poinçonneur des Lilas de Serge Gainsbourg.



Distribution des rôles

Nemo : Michel Le Royer
Aronnax : Lucien Barjon
Conseil : Bernard Cara
Le second : Gérard Buhr
Ned Land : Jean Franval
Félicie : Agnès Desroches
Hetzel : Fernand Guiot
Champoreau : André Thorent
Dutretre : Bruno Balp
Léontine : Gilberte Rivet
Pacifique : Pierre Mira

Avec les costumes de Marie-Thérèse Respens, et les décors de Madeleine Monnier, sous la direction photographique de Robert Asso.

Jacques Romero

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